La vie des bêtes 

Septembre 1974

 

 LE SLOUGHI

Ce noble lévrier d'origine asiatique est le compagnon traditionnel des nomades du nord de l'Afrique.

Le Sloughi passe à juste titre pour le plus intelligent des lévriers. Avec I'Afghan et le Persan, il est l'un des trois lévriers d'origine asiatique ; mais ce sont les Arabes qui ont fait de lui ce chef-d'oeuvre d'esthétique et d'efficacité et qui l'ont amené avec eux lorsqu'ils ont conquis le nord de l'Afrique. Le Sloughi, dans ces régions, a alors peu à peu supplanté les races locales de lévriers lupoides à oreilles dressées et queue « en trompette », dont on trouve des représentations dans les peintures rupestres du Sahara d'époque néolithique et dans l'iconographie de l'ancienne Egypte. Chien de vitesse mais aussi chien de fond, à la silhouette racée, à la démarche aristocratique, le Sloughi, (lévrier à poil ras généralement de couleur sable, est avant tout un animal de chasse, fait pour rattraper la gazelle - d'où sa morphologie typiquement fonctionnelle. Indépendant et fier il n'est ni soumis ni docile. Il faut, pour l'aimer, reconnaître et accepter son caractère libre, et le besoin d'indépendance qu'il a pris, conséquence de l'habitude de vivre dans de grands espaces. En effet, depuis des siècles, il est le compagnon traditionnel des nomades d'Arabie Séoudite et de l'Afrique du Nord, qui le considèrent comme le « noble » (« el hor » en arabe), par opposition aux chiens appelés « kelb » et jugés méprisables.

Or, il se trouve que ce chien né pour la chasse est également excellent pour la garde. M. Robert Mauvy, l'actuel président du Club du Sloughi, raconte qu'il eut maintes fois l'occasion de voir en Afrique les Sloughis quitter la place de choix qu'ils occupaient sous les tentes pour se joindre aux « kelb », et faire front avec eux pour repousser l'intrus, homme ou animal, qui s'approchait du campement, puis revenir dignement veiller auprès de leurs maîtres, tout étant rentré dans l'ordre. C'est au Moyen Âge, à l'époque des Croisades, que le Sloughi fut introduit en France. On a pu lire qu'on le retrouvait fréquemment, sculpté dans le marbre ou le granit, au pied des gisants des pierres tombales mais, en fait, les lévriers des gisants sont beaucoup plus proches des Greyhounds que des Sloughis. Chose étrange, le Sloughi est relativement peu représenté en France, où il s'acclimate cependant sans problème. Il ne fait même aucun doute que bon nombre de races, actuellement, lui sont en partie redevables de leur vitesse et de certains traits morphologiques. On le trouve maintenant dans les régions de civilisation islamique, de l'Atlantique au Golfe persique, et en particulier dans les zones subdésertiques, comme les confins sahariens de l'Afrique du Nord, la Tripolitaine et la Lybie. On le rencontre aussi au Moyen-Orient, où il coexiste avec des chiens d'une morphologie semblable, mais à poil plus long, aux oreilles et à la queue frangées, qui sont en fait des Salukis. Affectueux pour son seul maître, indifférent avec les étrangers, terrible avec ceux qu'il croit animés de mauvaises intentions, c'est effectivement un excellent gardien. Tout en aimant passionnément la course et les grands espaces, il apprécie le confort et s'accoutume à la vie en appartement. Il est propre, silencieux et il est surtout superbement décoratif.

supérieurement racé

Le Club du Sloughi(1) fut fondé en 1935, à Toulon, par Mlle Turcot, parente du pilote du Concorde. Elle s'en est occupée activement jusqu'à la guerre de 1939, date à laquelle M. Sénac-Lagrange lui succéda comme président, puis M. Charles Duconte. Lors de la dernière assemblée générale du club, on comptait cent soixante dix membres. D'après le fichier de tous les chiens répertoriés par le club, on ne dénombrerait pas plus de quatre cent cinquante Sloughis dans toute l'Europe, dont trois cents en France. Cent cinquante six seulement sont inscrits au Livre généalogique. « L'apparence générale du Sloughi, dit M. Robert Mauvy, président du club, est celle d'un chien supérieurement racé dans sa stature, ses formes et sa démarche. Sa musculature est sèche et ses tissus sont d'une extraordinaire finesse. La tête, longue, fine et ciselée, est proportionnée à l'animal longiligne. Vue de face, elle va en s'élargissant de la truffe à la protubérance occipitale. Le crâne est harmonieusement arrondi à sa chute vers les premières vertèbres cervicales entre lesquelles se trouve une dépression assez accusée comme dans toutes les races distinguées. Les pariétaux suivent la ligne évasée d'avant en arrière. Les lèvres sont minces et bridées, mais couvrent le renflement des canines. La denture en ciseau doit être correcte comme il sied à un animal qui appréhende sa proie en courant. L'oeil est très beau, très foncé, bien enchâssé, non exhorbité. Suivant les impressions du chien, l'expression au repos est lointaine, nostalgique, comme elle peut être câline ou terrible. Ce sont les contractions des muscles qui donnent l'expression à cette figure plus que le globe oculaire lui-même. »

Il semble hélas, comme le déplore M. Jean-Marie Devillard, secrétaire général du Club, que cette race magnifique soit menacée de disparition. « Les Sloughis, dit-il et surtout les beaux Sloughis, sont devenus fort rares, aussi bien en Europe que dans les pays d'origine. En France, par exemple, sur les quelque trois cents spécimens qu'on y compte encore, une centaine seulement méritent de se reproduire. » Le déclin du Sloughi en Afrique du Nord s'explique par la disparition de sa fonction de prestige (il était l'apanage des familles nobles), mais surtout par la disparition de sa fonction de chasse. En effet, la chasse au Sloughi est théoriquement interdite en Afrique du Nord. Ces chiens ne sont plus, comme jadis, l'objet de soins jaloux ; ceux qui errent sont abattus. Quant à ceux qui en réchappent, ils se reproduisent à tort et à travers, dans le bled... D'où un appauvrissement, un abâtardissement inévitable de la race.

Il reste pourtant encore on Afrique du Nord quelques noyaux de purs Sloughis. C'est pour cette raison que le Club vient de mettre en place un réseau de correspondants dans les trois pays d'Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Ce réseau de correspondants permet de rassembler des observations faites sur les Sloughis de ces pays, sur les différents types que l'on rencontre, sur les modes de conduite d'élevage, sur les types de nourriture, sur les critères de sélection. « Ces contacts et ces échanges d'informations avec les pays d'origine du Sloughi, précise M. Pérignon, membre du Comité du Club, ont une importance fondamentale car il serait aberrant de vouloir conduire l'élevage français de manière autonome sans procéder à des échanges d'animaux avec ces pays, sans retremper régulièrement le cheptel européen. »

coureur de fond 

Privé, donc de son activité atavique, la chasse, dans les trois pays nord-africains qui constituent sa zone de dispersion, le Sloughi aurait retrouvé dans les épreuves de compétition sportive une activité de rechange. Essentiellement coureur de fond, le Sloughi peut tenir l'allure de 55 à 60 km/h. Les courses de lévriers connurent une vogue certaine pendant la période de l'entre-deux guerres en France. Actuellement encore, des épreuves sont disputées, mais elles ne provoquent plus l'engouement de naguère ; en outre, on fait surtout courir des Whippets et des Greyhounds. En Allemagne toutefois, les Sloughis ont gardé leurs chances. On les y utilise beaucoup sur les cynodromes et ils viennent d'obtenir leur licence. Mais il ne s'agit là que d'une activité de remplacement, car le sloughi est plus un chien de chasse qu'un chien de course. Encore très près de la nature malgré les millénaires de domestication, le Sloughi, chien noble s'il en fut, et nullement servile, doit survivre. C'est pourquoi le Club qui veille sur la race est à la recherche de toutes les bonnes volontés susceptibles de l'aider dans sa tâche.

Jacques Hameline

(1) Club du Sloughi, seul club affilié à la Société Centrale Canine. Président : M. Robert Mauvy, Nueil-sous-Faye, 86200 Loudun. Secrétaire général: Jean-Marie Devillard, 46, boulevard Desaix, 63200 Riom. Téléphone du Secrétariat à Paris : 288.83.40 et 847.04.97.

 

LE SLOUGHI EN EUROPE

© Copyright 2006 - 2013
texts and images
 www.sloughi-europe.net

THE SLOUGHI IN EUROPE